Zibou... la chanson est pour toi !
Il se pose souvent la question. Il ne rêve que de reconnaissance et d’éclat.
Le garçon pense avoir trouvé le but de sa vie. Quand il sera grand, il ne sera pas pompier, ingénieur ou astronaute : il sera médecin. Il sauvera des vies, comme d’autres avant
lui. Il aime l’idée d’avoir des existences suspendues au fil de son diagnostic, il veut pouvoir utiliser des seringues sans qu’on le blâme !
On lui a dit que l’Afrique était une jeune fille malade à crever et que personne n’y pouvait rien. Qu’est-il arrivé à nos cousins d’ébène, pendant que nous fêtions
dignement la fin de siècle ? Le garçon est plein d’espoir ; il sait qu’un jour, il pourra guérir la population. L’histoire a prouvé que même les pires épidémies pouvaient être enrayées si on y
mettait les moyens. Or le garçon ne manque pas de courage dans son combat ! On lui a dit que là-bas, même l’eau – l’essence de la vie ! – est empoisonnée. On lui a dit que dans
certaines régions, parcourir quelques mètres dans un champ désert relève de l’exploit, à cause des mines antipersonnelles.
On a insisté sur le fait que les dirigeants politiques n’ont strictement rien à foutre du peuple qui agonise ; le garçon est trop jeune pour le croire. Après tout, il ne veut que
panser des plaies, pas changer le monde. Les plus mauvaises langues ont cité l’exemple de Robert Mugabe, président du Zimbabwe depuis plusieurs dizaines d’années. Mais le garçon ne connaît pas
cette personne. S’il savait que ce salaud laisse sciemment les jeunes croupir et crever de faim dans l’ignorance, parce que des gens libres et instruits pourraient faire vaciller la dictature…
La vocation du garçon est étonnamment altruiste. Maman et Papa ne l’ont pourtant pas éduqué à cela ; il existe donc des excentriques dans toutes les familles. Agir pour le
bien de l’humanité alors qu’on peut vivre en bon égoïste bourgeois ? Pourquoi ne pas se préoccuper également de ces bons à rien de clochards, pendant qu’on y est ? Verser son salaire aux assistés
qui se chauffent le cul aux frais de la princesse ?
Même si la pression sociale l’accable et fait tout pour le décourager, le garçon tient bon. Il y croit tellement qu’il ne peut qu’atteindre son objectif. Il devine bien que les RMIstes ne le sont
pas de plein gré ; de même, il sait que tous les séropositifs se passeraient bien de leur « châtiment divin ». Le garçon refuse de vivre lorsque ses frères meurent à l’autre bout de la planète ; il
est prêt à se battre !
Cette histoire dégoulinante d’espoir pourrait avoir un dénouement heureux.
Une telle force de conviction force l’admiration… C’est une de ces raretés admirables qui pousse à croire en l’être humain. Mais la vie n’est pas un feuilleton américain. Le garçon échouera
plusieurs fois aux examens d’admission en école de médecine. Malgré ses rêves, malgré sa force, il finira par pointer dans un bureau minable cinq fois par semaine. Le cirque ne durera pas
longtemps. Il aura au moins la lucidité de se suicider quand il atteindra trois fois l’âge de raison ; la vie avec un rêve brisé en valait-elle encore la peine ??